Pourquoi un service économique ? L’économie publique, c’est quoi ?, par Mathias Gautschi

Ces dernières décennies, les dicastères touchant à l’économie et à la sécurité ont été tenus en général par des élus de droite et peu appréciés par les partis de gauche. Nous constatons toutefois qu’il est dangereux de laisser aux seules entreprises (et à leurs représentants en politique) le soin de dicter à l’État la manière d’agir et d’organiser les organes de contrôle. Non parce que les entreprises et leurs dirigeants seraient des malfaiteurs, mais parce qu’il est du devoir des collectivités publiques d’orienter et de réglementer les flux d’argent, les sols et l’emploi sur leur territoire. Quelle que soit la situation financière de ladite collectivité, l’économie influence fortement ses activités !

L’action du Service communal de l’économie, réduite en 2016 à la suite du licenciement du chef de service par sa Conseillère communale, laisse à désirer : depuis lors, elle s’en charge seule, sans avoir ni de chef de service ni de collaborateurs dédiés.

Chaque fois qu’on parle de déficit budgétaire en ville de La Chaux-de-Fonds, on se plaint des contribuables qui partent, des entreprises qui ferment et des vitrines qui restent vides sur le Pod. Ce sont pourtant des préoccupations importantes liées à l’économie d’une ville.

N’en déplaise à Madame la Conseillère communale Sylvia Morel, dresser une statistique de la vitalité économique et maintenir des contacts réguliers avec les entreprises de la place demande du temps. Pouvoir gagner la confiance des entreprises et des contribuables, cela demande un programme, dont les mesures ne se limitent pas à la sempiternelle baisse d’impôts (un instrument éminemment court-termiste et dommageable pour la collectivité !).

C’est d’ambition et d’attractivité que La Chaux-de-Fonds a besoin, pas seulement de constats et de mesures cosmétiques !

Si l’histoire de La Chaux-de-Fonds lui a permis de gagner sa place au Patrimoine mondial de l’UNESCO, et si l’horlogerie est l’image de marque de la région, il est indispensable de diversifier le tissu économique avec de nouvelles lignes de force afin que la région ne devienne pas un musée à ciel ouvert !

L’Accord de positionnement stratégique des Montagnes neuchâteloises[1] était un premier pas vers une stratégie de développement. Cependant, si la collaboration intercommunale a été fructueuse durant les trois dernières années, les résultats restent peu visibles ! Le moment est donc venu de redéfinir des objectifs réalisables, soutenus par un échéancier clair.

Plus concrètement, voici quelques propositions pour tailler le costume d’un·e chef·fe de service à l’Économie  :

  • Cartographie et statistique : pour commencer, il est nécessaire d’identifier les forces et les faiblesses de la ville et d’intégrer ensuite les acteurs économiques à cet état des lieux. Ces derniers pourraient être invités à des groupes de réflexion participatifs, en collaboration avec la promotion économique cantonale. De quoi la ville, les artisans, les commerçants et les PME ont-ils/elles besoin ? Que peut-on faire ensemble pour revaloriser, diversifier et soutenir le tissu industriel et commercial et renforcer l’attractivité des Montagnes neuchâteloises et même de la France voisine ?
  • Coordination des entreprises : À l’image des premières éditions de « UP La Chaux-de-Fonds », les entrepreneurs/euses doivent pouvoir à nouveau se rencontrer régulièrement afin de valoriser les savoir-faire de notre ville et leur permettre d’échanger sur l’emploi, la participation à la vie communale, et les contributions à la vie culturelle… C’est l’occasion d’écouter les besoins des entreprises et de s’en faire des partenaires.
  • Commerce local : « Vous décidez d’employer, de produire local, de vous implanter ici. Nous vous aidons ! ». Si les petits commerces peinent à se renouveler et ferment, la Ville doit se renseigner sur les besoins de la population, être à disposition et pourquoi pas, lancer un appel à candidatures pour remplacer un·e commerçant·e de proximité (crédit de lancement pour artisans et commerçants). C’est ce que fait entre autres le Délégué au Centre-ville de la Ville de Neuchâtel.[2]
  • Statistique des locaux vides : tenir, comme actuellement, une liste des locaux à louer, c’est bien. Chercher des locataires ciblés, c’est mieux !
  • Politique foncière : malgré les nombreux appartements vides, des coopératives d’habitation, des associations et des PME pourraient bénéficier de terrains / d’immeubles d’utilité publique mis en droit de superficie par la Ville. Il ne s’agit pas pour celle-ci d’acheter des immeubles de rapport, mais de permettre une densification durable du bâti et de développer une politique favorable aux familles. Par exemple, la Ville de Zurich a créé une fondation d’utilité publique dont le but est d’acquérir et d’offrir des logements à prix corrects tout en visant 30 % de parcelles d’utilité publique[3].
  • Diversification du tissu industriel : pour que la santé économique de la ville ne soit pas dépendante des aléas du marché de l’horlogerie et de la mécanique de précision, elle pourrait développer d’autres fleurons autour des arts appliqués, de l’économie numérique, du tourisme et de la culture en capitalisant davantage sur ses forces.
  • Développement de l’offre touristique (hôtellerie et parahôtellerie) : pour les nombreux organisateurs de manifestations à La Chaux-de-Fonds, le constat est souvent amer : hormis quelques hôtels au cachet inégal, il existe peu d’offres en hébergement bon marché, notamment dans le domaine des gîtes. Pourtant, le confinement a montré que le tourisme vert pourrait être fortement développé dans nos Montagnes. L’hôtel prévu dans la friche de la gare aux marchandises est certes une étape vers plus de lits, mais utiliser l’existant et encourager les résident·es à créer, chez eux, des hébergements serait un moyen de les inclure dans l’offre et dans l’effort de développement.
  • Et la liste n’est pas exhaustive…

Nous devons croire en un projet qui soit considéré comme un investissement sur l’avenir et non seulement considéré sous l’angle du coût et de la rentabilité financière à court terme.

[1] https://www.lerun.ch/menu-principal/projets/liste-des-projets/espaces-de-liberte-et-de-creation/

[2] https://www.neuchatelville.ch/fr/sortir-et-decouvrir/centre-ville/

[3] https://www.pwg.ch/ueber-uns#/entwicklung

Le soutien du commerce local : renforçons la monnaie locale « abeille » et développons la piétonisation du Centre-Ville, par Pierre-Alain Borel

Mais où est donc notre centre-ville ? Cette question, que s’est posée au moins une fois tout Chaux-de-Fonnier, peut sembler sans grand intérêt, d’autant plus que la réponse n’est jamais vraiment la même selon l’interlocuteur. Et pourtant, elle prend tout son sens lorsque l’on souhaite faire découvrir notre ville pour la première fois à un visiteur.

Cet article est suivi d’une vidéo avec Pierre-Alain Borel

En effet, avec des magasins un peu trop distants les uns des autres, des espaces publics qui ne sont pas vraiment reliés entre eux, sans oublier le « fleurissement » de locaux vides ou servant d’entrepôts, notre centre-ville est mal défini et ne donne pas une image suffisamment valorisante pour retenir les chalands, qu’ils soient Chaux-de-Fonniers ou viennent de l’extérieur.

Si l’on souhaite que le centre-ville soit attractif, il doit tout d’abord avoir une véritable existence, pouvoir être clairement identifié et former un ensemble cohérent. Pour arriver à ce résultat, les parcours piétons doivent être facilités, parfaitement sécurisés et inviter à la flânerie. Le développement de zones piétonnes en centre-ville devra aussi être accompagné d’une amélioration qualitative des sols, de l’installation de mobiliers urbains, d’une signalétique appropriée, formant un ensemble lisible pour le visiteur. Et un centre-ville doit être animé, offrir des ambiances, des odeurs, des couleurs ; bref, inviter tout un chacun à s’arrêter un instant… ou plus longuement.

C’est seulement dans ces conditions que le centre pourra devenir un véritable lieu de vie de qualité, de rencontres et d’échanges, dans lequel on aime passer du temps, faire ses courses et emmener ses amis.

Bien sûr, on ne saurait avoir raison tout seul, et si l’on souhaite que des projets puissent se développer et exister dans la durée, il est important d’associer à la démarche les commerçants entrepreneurs.

Si le développement d’un centre-ville faisant la part belle aux piétons constitue indiscutablement une mesure de soutien au commerce local, le renforcement de la monnaie locale « abeille » est une autre des actions très concrètes que nous proposons.

En effet, La Chaux-de-Fonds ne saurait retrouver une situation économique favorable qu’avec des entreprises – grandes et petites – prospères. Parmi ces dernières, les commerces locaux constituent un maillon indispensable puisqu’ils participent à l’attractivité de la ville, génèrent des richesses, créent des emplois, font travailler d’autres petites entreprises – souvent de proximité – et constituent un des éléments moteurs du cercle vertueux que nous souhaitons voir se développer.

Or, notre commerce local rencontre depuis de nombreuses années des difficultés importantes pour se rappeler au bon souvenir des consommateurs. Les grandes surfaces, de plus en plus nombreuses, l’essor du e-commerce et aujourd’hui la crise sanitaire, constituent autant de défis à relever pour les commerçants, mais heureusement aussi d’opportunités nouvelles.

En effet, si la crise de la Covid 19 a encore renforcé le recours aux achats par internet et aura des conséquences négatives pour de nombreux commerçants, elle a aussi permis une véritable prise de conscience par une part importante de la population sur la nécessité de maintenir et de développer les circuits-courts, notamment en termes d’approvisionnement alimentaire et de produits de première nécessité. Si on pense inévitablement aux œufs vendus directement à la ferme, chacun n’a pourtant pas la possibilité ou le temps de se rendre lui-même chez le producteur. Et là les commerçants locaux ont une véritable carte à jouer.

Une monnaie locale, comme notre « abeille » encourage un réseau de producteurs, de commerçants et d’associations qui proposent des biens et des services produits localement. En ancrant véritablement l’économie sur son territoire, les bénéfices enregistrés profitent plus directement à la communauté locale et revêt davantage de sens pour tous les acteurs puisque les résultats sont immédiatement visibles : agrandissement de commerces, embellissement d’espaces extérieurs, animations dans la ville, etc.

En plus d’associer des avantages économiques et écologiques en favorisant les circuits courts, une monnaie locale permet aussi de recréer des liens sociaux, de développer la confiance et de resserrer la collectivité autour de valeurs communes. De part le réseau de commerces ainsi formé et mis en lumière, les clients qui utilisent notre « abeille » ont l’occasion de découvrir d’autres magasins de la ville qui leur offrent des prestations privilégiées.

Autant d’éléments qui nous sont chers et qui permettront à notre ville d’être une ville forte, résiliente, solidaire et fière.